10. SENEGAL, Thiès :
Qui ? Tostan, une Organisation Non Gouvernementale créée au Sénégal en 1991. Le soutien de Mode Sans Frontières contribue au financement des programmes de reconversion d’anciennes exciseuses, dans le cadre de programmes plus larges de renforcement des capacités villageoises au Sénégal.
Quand ? Janvier 2005.
Combien ? 738 euros, soit 480 00 FCFA. Ce don a permis de financer l’achat de sept machines à coudre. Nous avons opté pour cette solution après de longues réflexions – fallait-il utiliser la moitié de l’argent pour les formations et pour le matériel ? L’achat de sept machines à coudre nous a paru plus judicieux. En effet nous avons déjà de quoi financer les formations, qui dureront trois mois au minimum.
Présentation de l’ONG
Tostan est une Organisation Non Gouvernementale basée à Thiès, au Sénégal. A travers son programme d’Education de Base, Tostan contribue de manière décisive au renforcement des capacités des communautés sénégalaises, pour un développement durable, dans le respect des droits humains. Le programme d’éducation de base de Tostan est le fruit de plus de vingt ans de recherches, menées à travers des centaines de villages au Sénégal et en concertation constante avec les communautés, impliquées dans un processus par lequel les villageois deviennent les principaux acteurs de leur propre développement. Le programme d’éducation de base de Tostan est holistique, participatif, concret et valorisant. Il est basé sur les traditions des participants et se déroule en langues nationales. Il comprend plusieurs phases et aborde, grâce à des méthodes souvent empruntées aux traditions positives sénégalaises, des thèmes ayant trait à l’hygiène, à la santé, aux droits humains, à l’alphabétisation, à la gestion de petits projets… Tostan travaille en coopération constante avec le gouvernement du Sénégal et avec l’UNICEF, et a fait l’objet d’excellentes évaluations internes et externes. L’OMS, entre autres, a appelé en 2003 à l’extension du modèle du programme Tostan (Best Practice Model) dans les 27 autres pays africains pratiquant l’excision. En effet, l’une des grandes réussites du programme Tostan est l’abandon volontaire et définitif de l’excision par des centaines de communautés villageoises depuis 1998.
Comment ce processus historique d’abandon de l’excision a-t-il vu le jour ? Après avoir participé aux modules sur la santé de la reproduction et sur les conséquences de l’excision, les femmes du village de Malicounda Bambara, ont petit à petit commencé à discuter avec les hommes de ce sujet tabou – ce qu’elles n’avaient jamais pu faire auparavant.
Les leaders villageois (imams, chefs traditionnels…) ont été impliqués dans les discussions. En 1997, les femmes de Malicounda Bambara annoncent publiquement que leur village renonce définitivement à la pratique : c’est le serment de Malicounda, la première pierre d’une série croissante de Déclarations. Peu à peu, les villages environnants entrouvrent la porte des débats, et le président Abdou Diouf appelle les communautés pratiquant l’excision à suivre le modèle de Malicounda. Demba Diawarra, l’imam de l’un des villages voisins de Malicounda (voir photo), décide de s’impliquer dans ce mouvement. Il se rend dans les villages liés au sien par de multiples mariages croisés, et amène dans son baluchon des questions essentielles concernant l’excision : le processus d’information, de prise de conscience des communautés entières suit son cours. En 1998, ces efforts, ainsi que l’implication de toutes les autorités traditionnelles et religieuses, culminent avec la Déclaration Publique pour l’Abandon de l’Excision et des mariages forcés de Diabougou – 13 villages réunis. Depuis cette date, 1527 villages ont rejoint ce mouvement, ce qui représente environ 30%de la population sénégalaise pratiquant l’excision. Depuis plus de vingt ans, de nombreuses ONG, Organisations Internationales ou certains gouvernements ont mis en œuvre différentes stratégies pour contribuer à l’abandon de l’excision. Beaucoup des approches qui ont été utilisées n’ont eu aucun effet – quand elles ne furent pas contreproductives en provoquant un renforcement de la pratique. On peut penser aux approches qui offrent des avantages économiques à ceux qui décident de mettre fin à la pratique, ou bien à celles qui se concentrent uniquement sur l’implication des élites dans le processus d’abandon, ou bien encore aux approches répressives… Les approches qui ont abouti à un abandon affectif et durable de l’excision sont des approches participatives, holistiques, basées sur un changement fondamental et collectif des communautés. Le programme Tostan aboutit à l’abandon ferme et volontaire de l’excision par les communautés ; dans ce processus, les informations reçues et partagées par les participants au programme, de même que les Déclarations Publiques en elles-mêmes, sont les deux déterminants majeurs. La pratique de l’excision, requise pour la vertu de la femme, de la famille et surtout condition nécessaire au mariage de la jeune fille, est une convention sociale dont les ressorts ont été démontrés par le sociologue Gerry Mackie, au cours de ses recherches sur le bandage des pieds des femmes en Chine. La pratique sociale de l’excision ne peut être abandonnée que collectivement et simultanément par des villages dont les membres se marient entre eux ; lorsque qu’un nombre critique de familles s’engage publiquement à abandonner l’excision, en fait le serment solennel, leurs membres se sentent obligés de tenir leur promesse et de convaincre d’autres communautés à rejoindre leur mouvement. Un village isolé peut difficilement à lui seul abandonner l’excision, alors que pour un groupe plus large de villages pratiquant l’endogamie, la décision sera d’autant plus possible à prendre que les jeunes filles non excisées pourront désormais trouver un mari dans le grand nombre de villages qui ont prêté serment. Le financement de Mode Sans Frontières s’inscrit dans la nécessaire pérennisation du programme Tostan. Nous savons que l’abandon de l’excision est un processus long et complexe, qui ne peut pas se comprendre en le résumant à la fonction de l’exciseuse. Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas d’exciseuses dans un village que l’excision est abandonnée. Le ressort de la pratique n’est pas la fonction de l’exciseuse. Pour cette raison les programmes de reconversion des exciseuses sont inséparables d’un changement social profond et collectif des communautés villageoises. Pour autant, le soutien de Mode Sans Frontières à des activités de reconversion des anciennes exciseuses, comme Yaka Diame (voir photo), est vital. Bien souvent les exciseuses sont des femmes assez âgées, extrêmement vulnérables. Les sept femmes concernées par le généreux don de Mode Sans Frontières n’auront plus à choisir entre la pauvreté quasi-absolue et l’arrêt définitif de la pratique de l’excision. Texte et photos : Sabine Panet
Dans cette lettre de remerciements, l'association Tostan nous explique le programme réalisé grâce au don de 750 euros de notre association :
" mercredi 12 janvier 2005
Aux responsables de Mode Sans Frontières :
Aux noms des femmes rurales du Sénégal, nous vous remercions infiniment de votre don de 750 euros ou 450 000 CFA. Cette somme nous permettra d’acheter aux moins sept machines à coudre pour sept femmes qui ont déclaré leur abandon définitif de la pratique de l’excision des jeunes filles et des mariages précoces.
Ces sept ex-exciseuses exerçaient cette activité comme métier et, par conséquent, ceci était pour elles était une sorte de gagne pain. Le don de ces machines, accompagné d’une formation d’au moins trois mois financée par Tostan, leur permettra de ne plus avoir à choisir entre une pauvreté quasi absolue et l’abandon de cette ancienne tradition prouvée néfaste à la santé des filles et des femmes.
Vos sept machines à coudre viendront s’ajouter à 77 autres machines déjà distribuées, depuis un an déjà, dans toutes les régions du Sénégal. Ce programme de machines à coudre pour les ex-exciseuses est l’objet d’un suivi rigoureux et continu, de la part de Tostan, pour que son objectif, qui est de contribuer efficacement à l’amélioration du niveau de vie des femmes démunies, soit atteint.
Nous informerons des noms exacts des bénéficiaires de votre grande gentillesse, et continuerons, par des rapports périodiques, de vous tenir au courant de leur progrès en termes d’amélioration de leur niveau de vie. Encore une fois merci infiniment au nom des populations du Sénégal.
Malick Diagne, Directeur Exécutif Adjoint "